• Jacques Mesrine: L'ennemi public N°1 sa vie

    La France toute entière en fit son « ennemi public numéro un », mais nombreux étaient ceux qui l’admiraient secrètement pour ses audacieuses évasions et le panache avec lequel il bafouait la police. La légende néanmoins ne doit pas escamoter la vérité : Jacques Mesrine était un meurtrier brutal, qui n’éprouva aucun remord devant les victimes innocentes de la guerre privée qu’il menait contre la société.

                                                                                                

    Dans l’après-midi du 12 novembre 1967, un couple pénètre dans le hall de l’hôtel de la Croix-Blanche, à Chamonix. L’homme est grand et bien découplé, avec un air de totale confiance en soi. Sa compagne est une jolie brune portant des vêtements un peu vulgaires.

    Ils réservent une chambre double pour dix jours et signent le registre. L’homme déclare s’appeler Jean-Jacques Moreau, trente trois ans, directeur de société à Paris. Le couple prévoit simplement de goûter quelques jours de repos à la neige ; mais deux jours plus tard, alors qu’ils dînent à l’hôtel, ils remarquent à la réception un homme qui éveille aussitôt leur intérêt : « On aurait dit un prince arabe vêtu à l’européenne » Incidemment, le serveur à leur côté indique qu’il s’agit d’Albert Setruck, industriel et vieil habitué de l’hôtel qui, selon la rumeur, transporte des millions de francs dans son attaché-case.

    Le couple n’a dès lors plus d’yeux que pour celui-ci, posé au sol tout le temps de la conversation entre le réceptionniste et Setruk. Une discrète enquête menée auprès du personnel de l’hôtel permet d’établir que Sétruk est un riche industriel tunisien qui fréquente régulièrement le casino de la ville. Le tunisien et son secrétaire se rendent au casino le soir même : ils rentrent vers deux heures du matin, un peu ivres, nous sommes le 15 novembre.

    La réceptionniste de nuit, une femme aux cheveux bruns que Setruck ne reconnaît pas, escorte les deux hommes jusqu’à l’ascenseur, expliquant, à leur étonnement, que la clef de leur chambre est restée sur la porte.

    Au moment où ils sortent à leur étage, ils se retrouvent face à un homme braquant un pistolet. Avec l’aide de la jeune fille brune, celui-ci fouille Setruck et son secrétaire, leur soutirant leurs papiers et quelque sept mille francs et un diamant. Les deux hommes sont ensuite poussés sans ménagement en bas de l’escalier, ligotés, bâillonnés, puis abandonnés derrière le comptoir… à côté du véritable réceptionniste de nuit. Les voleurs sectionnent les fils du téléphone de l’hôtel, chargent leur valises dans leur automobile, prennent congé ironiquement des trois hommes solidement ficelés, puis disparaissent. Ils s’appelaient Jacques Mesrine et Jeanne X., dite « Janou ».

    En définitive, le coup n’avait pas été d’un grand rapport. Lorsqu’il s’était introduit dans la chambre de Setruck, Mesrine n’avait pas trouvé les millions escomptés dans la mallette. En fait, comme il le dira plus tard, le vol avait été improvisé « pour tester le sang froid de Janou ». Il fut ravi de voir que celle-ci, loin de paniquer, semblait jouir intensément du danger. A trente et un an Mesrine avait enfin trouvé une maîtresse et complice dotée d’un sang froid égal au sien.

    Dès ses premiers méfaits, Mesrine avait manifesté un sens aigu de la mise en scène et du «beau geste» : sans doute, un crime lui semblait-il imparfait si ne s’y marquait pas de quelque manière le mépris dans lequel il tenait ses victimes et la police. En 1960, lors de son premier cambriolage avéré, Mesrine étant rentré dans l’immeuble visé avec à la main un superbe bouquet de fleurs, pour pouvoir se faire passer pour un livreur en cas de « mauvaise rencontre » : le coup fait, il laissa les fleurs bien en vue. Une autre fois, surpris en pleine action par les propriétaires de l’appartement qu’il cambriolait, il réussit à leur faire croire qu’il était un inspecteur de police venu sur les lieux enquêter sur le cambriolage dont ils avaient été victimes… puis s’éclipsa avec le butin pendant que les pauvres gens erraient dans l’appartement dévasté.

    Mesrine fut arrêté une première fois alors qu’il conduisait une voiture qu’il avait utilisé pour un cambriolage précédent. Les policiers avaient découvert des armes dans son véhicule, Mesrine fut condamné à trois ans de prison. Il bénéficia d’une mesure de mise en liberté conditionnelle après mois de dix huit mois, mais se jura de tout faire dorénavant pour échapper coûte que coûte à la réclusion.

    Au cours des semaines qui suivirent le « coup » de Chamonix, Mesrine et Jeanne commirent plusieurs autres vols. Parfois, Jeanne se travestissait en homme. Stimulé par sa présence, Mesrine prenait des risques inutiles. Leurs méfaits devinrent plus violents ; ils se complaisaient de plus en plus souvent à s’attarder sur la scène du crime pour savourer leur triomphe.

    Ainsi le 8 décembre 1967, Mesrine, un complice masculin et Jeanne s’attaquèrent à une maison de haute couture de la rue de Séze, à Paris. Tout le personnel était parti et madame Coudercy, sa fille et son gendre qui se trouvaient seuls, furent bâillonnés à l’intérieur du magasin. Les trois bandits étaient armés.

    Mesrine passa une partie de la nuit à boire et à se vanter de ses exploits criminels devant ses victimes terrifiées. Finalement, les bandits s’enfuirent avec des bijoux et autres objets précieux d’une valeur totale d’une douzaine de millions de francs.

    A Paris et dans toute la France, les policiers avaient peu à peu rassemblé une impressionnante documentation sur les agissements de Mesrine. Il n’était plus un suspect mais un fugitif activement recherché. Après de brefs séjours en Espagne et en Italie, Mesrine et Jeanne X. décident d’échapper à cette chasse à l’homme. Au début de 1968, ils s’embarquèrent sur un vol à destination de Montréal, Canada. Mesrine n’allait revoir la France que cinq années plus tard : pendant ce laps de temps, sa carrière professionnelle allait prendre un essor inattendu.

    Mesrine ne reprit pas ses activités criminelles dès son arrivée au Canada. Il trouva tout d’abord un emploi sur un chantier de construction, puis il se fit engager comme chauffeur. En fait, il souhaitait étudier le terrain avant de se lancer dans des aventures plus risquées.

    Le premier crime commis par Mesrine dans le Nouveau Monde fut plus une question d’opportunité et de vengeance que de préméditation et l’appât du gain. Le 7 mars 1969, Jeanne et lui étaient entrés au service de Georges Deslauriers, un riche homme d’affaires qui ne pouvait se déplacer qu’à l’aide de béquilles. Mesrine avait été engagé en tant que cuisiner et chauffeur, alors que Jeanne devenait gouvernante. Le couple logeait dans la maison du gardien, sur le vaste domaine de Deslauriers à Saint-Hilaire, dans le faubourg de Montréal.

    Rien ne prouve que Mesrine ait eu dès le départ l’intention de dépouiller son employeur. En tout état de cause, à la suite d’une violente querelle ayant opposé Jeanne et un autre employé, le vieux jardinier de la maison, les deux français reçurent l’ordre de quitter les lieux. Comme chaque fois qu’ils étaient renvoyés ou exclus, Jacques était malade de rancoeur : « Je ressentis ce licenciement comme une injustice (…). »

    Le couple repartit à Montréal, où Mesrine mit au point un plan pour enlever Deslauriers et en tirer rançon. Pour se faire, il s’adjoignit les services d’un jeune français, Michel Dupont. Une nuit, alors que les malfaiteurs savaient que le milliardaire serait seul, Jeanne conduisit Mesrine et Dupont à Saint-Hilaire.

    Deslauriers fut jeté dans la voiture et conduit à Montréal. Mesrine avait laissé une note à l’attention du frère de la victime exigeant une rançon de deux cent mille dollars canadiens. Mais le frère ne se présenta pas à l’endroit convenu et en rentrant à leur appartement, les ravisseurs découvrirent que leur captif s’était échappé. Mesrine et Jeanne s’enfuirent tous deux jusqu’au port de Percé, à quelque huit cents kilomètres de là. Dupont fut arrêté après avoir stupidement regagné son domicile de Montréal.

    A Percé, les fuyards louèrent une chambre au motel des Trois- Soeurs, où ils se firent passer pour des touristes belges. Ils lièrent d’amitié avec la propriétaire, Evelyne Le Bouthillier, qui les invita à plusieurs reprises chez elle. Le 26, selon eux Mesrine et Jeanne quittèrent le motel et prirent la route du Québec. Le 30 au matin, Evelyne Le Bouthillier fut retrouvée morte étranglée.

    Peu après, Mesrine et sa maîtresse franchissaient la frontière des Etats-Unis à bord d’une voiture de location à destination de Dallas, dans le Texas où ils avaient des amis. Sur les indications fournies par Dupont, ils furent arrêtés et ramenés à Montréal le 23 juillet 1969 pour y répondre de l’enlèvement de Deslauriers et du meurtre d’Evelyne Le Bouthillier. Mesrine nia avec véhémence l’accusation du meurtre, se considérant offensé qu’on pût le soupçonner d’avoir tué une femme sans défense.

    Dans l’attente du procès, Mesrine fut arrêté et emprisonné à Percé. Aussitôt, il décida de s’évader. Il confectionna d’abord une sorte de couteau à partir de l’anse d’un quart en aluminium affûtée contre un mur. Le 17 août 1969, il maîtrisa un gardien et l’enferma dans une cellule. Dans la mesure où seuls trois gardiens étaient en service le soir, Mesrine n’eut aucune difficulté à traverser la prison pour rejoindre Jeanne X…, qui elle-même avait déjà « neutralisé » sa gardienne. Le couple eut même le temps de dérober de la nourriture avant de s’enfuir en passant par la cour où se déroulait la promenade.

    Une fois hors de la prison, ils se rendirent vite compte que le plus dur était à venir. L’unique route praticable traversait d’épaisses forêts : sous une pluie battante ils ne progressèrent qu’a grand peine ; et au matin, une équipe de poursuivants se mit en chasse, accompagnée de chiens. La partie était jouée et perdue…

    Peu après s’ouvrait le procès pour enlèvement. Mesrine et Jeanne X plaidèrent coupables et furent condamnés à dix et cinq années de réclusion. Le procès concernant le meurtre, qui s’ouvrit le 18 janvier 1971, fut plus que controversé. Les avocats de la défense purent démontrer l’inconsistance des éléments avancés par les proches de la victime. Par exemple, un bijou que l’accusation affirmait appartenir à la victime depuis quinze ans se révéla n’avoir été commercialisé… que depuis trois ans. Le jury bascula en faveur des accusés et Mesrine et Jeanne furent acquittés.

    Mesrine fut alors ramené dans le bloc de haute sécurité du pénitencier Saint-Vincent de Paul à Laval, afin d’y purger la peine infligée pour l’enlèvement. Cet établissement, fleuron du système pénitentiaire canadien, avait été spécialement construit en 1968 pour accueillir les prisonniers soupçonnés de vouloir s’évader. Soixante cinq gardiens y surveillaient soixante deux détenus. Pas de fenêtres, grilles commandées électroniquement, plafonds des cellules en verre incassable, la surveillance s’opérant par en dessus, lumière constante, sorties de gaz dans chaque cellule pour mater les prisonniers révoltés, miradors pourvus d’armement sophistiqués : de l’avis de tous il était impossible de s’évader de Saint-Vincent.

    Cependant, le lundi matin particulièrement, les gardiens dans les miradors avaient tendance à somnoler… Et le 21 août 1972, Mesrine et quatre autres hommes quittèrent, presque benoîtement, en ayant juste coupé un peu de grillage, l’Unité Spéciale de Correction du pénitencier, à l’heure de la promenade. L’un fut repris, mais les autres atteignirent l’autoroute toute proche où ils réquisitionnèrent deux voitures pour s’enfuir à vive allure.

    Cette évasion spectaculaire fit la une des journaux et déclencha un débat national sur la sécurité des prisons. Mesrine regagna Montréal où il retrouva Jean Paul Mercier, un autre évadé du 21 août. Ce dernier purgeait, au moment de sa fuite avec Mesrine, une peine de 24 ans pour tentative de meurtre et enlèvement. Comme Mesrine, il avait déjà une évasion à son actif.

    Le 28 août, soit une semaine seulement après leur évasion, les deux hommes attaquèrent la Toronto Dominion Bank à Montréal, avant de se lancer dans un projet d’une audace folle qui marquait un tournant dans la carrière de Mesrine : attaquer Saint-Vincent. Son séjour lui avait insufflé la haine des quartiers de haute sécurité, tout entiers construits pour détruire les prisonniers : aussi avait-il décidé de retourner à la prison pour délivrer les détenus.

    Cependant, en approchant de la prison, le 3 septembre, Mesrine, Mercier et l’amie de celui-ci, Lizon, s’aperçurent que des gardiens supplémentaires avaient été postés tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’enceinte. Malgré tout, Mesrine ouvrit le feu contre une voiture de police, dont les occupants ripostèrent immédiatement, alors que Mercier tirait sur les gardes. Les trois complices renoncèrent à leur projet et s’enfuirent.

    Quelques jours plus tard, ayant découvert dans la grande forêt qui s’étend au nord de Montréal un endroit reculé où ils pensaient n’être pas dérangés, les fugitifs passèrent une agréable après-midi à s’exercer au tir contre des cibles de carton. Mais sur le chemin du retour, ils furent interpellés par un contrôle de routine par deux gardes forestiers, Médéric Côté et Ernest Saint-Pierre. En ouvrant la malle arrière de la voiture, ceux-ci découvrirent un assortiment d’au moins douze armes à feu chargées. Les deux gardes réalisèrent alors qu’ils avaient devant eux les évadés de Saint-Vincent, recherchés par toutes les polices du pays. Un instant plus tard, ils gisaient tous deux abattus. Pour s’assurer qu’ils étaient bien morts. Mesrine logea une balle dans la tête de chacun d’eux. Les tueurs s’emparèrent alors des pistolets des gardes ainsi que d’un fusil trouvé dans leur camionnette. Ils recouvrirent les deux cadavres de feuilles et les abandonnèrent au bord d’une piste de terre, où on les découvrit le surlendemain. Ces deux paisibles gardes forestiers n’avaient jusqu’à ce jour fatal eu affaire qu’à des braconniers.

    Malgré la mobilisation de la police, les deux meurtriers retournèrent à Montréal. Mesrine réussit à faire passer une lettre à Jeanne X. en prison lui proposant de l’aider à s’évader. Sachant Mesrine recherché pour meurtre, elle refusa et décida de purger sa peine.

    Les deux meurtriers ne se terrèrent pas longtemps. Quelques jours après la tuerie, ils dévalisaient une banque.

    Trois jours plus tard, ils l’attaquaient de nouveau. C’était là pure provocation de la part de Mesrine. En fait celui-ci n’avait pas apprécié la grimace d’une caissière au moment où ils quittaient la banque. Cette fois, ce fut elle qui dut vider les caisses et Mesrine la menaça d’une troisième visite en cas de grimace récidiviste.

    Finalement, Mesrine et Mercier décidèrent de se rendre aux Etats-Unis, d’où ils pourraient gagner l’Amérique de Sud. Ils ne voyagèrent pas seuls. Mercier était accompagné par Lizon, Mesrine par sa nouvelle maîtresse, Joyce D. Cette jeune fille de dix neuf ans avait rencontré Jacques alors qu’il se dissimulait sous l’identité de Bruno Dansereau, et n’avait pas tardé à succomber à son charme.

    Bénéficiant de l’aide de ses anciens amis de l’OAS, Mesrine n’eut pas de mal à se procurer les faux papiers nécessaires à leur cavale.

    Au Venezuela, le petit groupe s’installa dans une luxueuse villa non loin de Caracas. Toutefois, Lizon devant subir une intervention chirurgicale, Mercier dut la raccompagner au Canada. Peu après, Mesrine apprit qu’Interpol était sur sa trace et que sa sécurité n’était plus assurée au Venezuela. Ne sachant plus où se cacher, en décembre 1972, Mesrine et Joyce s’envolèrent pour l’Espagne, où ils louèrent une voiture avant de rentrer tranquillement en France.

    Le retour furtif de Mesrine à Paris, à l’issue de prés de cinq années passés sur le continent américain, fut comme un retour à la maison. Bien qu’il fut recherché par toutes les polices du monde, Mesrine voulut éblouir Joyce en lui faisant visiter la ville, en lui achetant de nouveaux vêtements au chic « parisien », et en l’emmenant dîner dans les plus grands restaurants.

    Dans le même temps, il brûlait de retrouver son rythme de vie ; pour cela, il lui fallut en premier lieu découvrir des nouvelles planques, pour y entreposer vêtements, vivres et armes. Chaque fois qu’il le pouvait Mesrine s’efforçait de disposer de plusieurs bases de repli, pour le cas où une planque s’avérait dangereuse. Tout cela était bien sûr très onéreux, aussi Mesrine ne tarda-t-il pas à reprendre la rondes des « casses » et des attaques à main armée.

    Du fait de son activité débordante -Mesrine commit plus d’une douzaine de hold-up dans les seuls deux premiers mois de 1973- une mobilisation massive de la police devenait inéluctable.

    Pourtant c’est une imprudence de Mesrine qui le fit repérer. Le 5 mars, il entra au bar « Le Dixie », près de la place de la Madeleine, un bar « d’indics » avec le propriétaire duquel il avait un vieux contentieux à régler. L’affaire tourna mal : tandis que Mesrine brisait les bouteilles et les glaces derrière le comptoir tout en menaçant les clients de son colt 45, un policier tenta d’intervenir ; Mesrine ouvrit le feu et le blessa grièvement.

    Mesrine parvint à s’enfuir en braquant un taxi. La police, sous les ordres du commissaire Tour, sut profiter de l’agitation provoquée par l’affaire. En filant les proches du criminel, elle put localiser sa planque. Les policiers se postèrent devant l’appartement que Mesrine louait à un juge (c’était le genre de plaisanterie qu’il appréciait), et attendirent. Le 8 mars, ils surprirent Mesrine dans le hall, alors que celui-ci revenait de faire quelques achats. L’opération fut réalisé avec rapidité et efficacité, sans effusion de sang. Grand seigneur, Mesrine offrit même le champagne aux policiers qui venaient de l’arrêter quand ils montèrent dans l’appartement pour se saisir de Joyce.

    Après son arrestation, l’attention du grand public pour Mesrine s’éveilla : dans son appartement du 1, rue Pierre-Grenier, les policiers avaient découvert un véritable trésor, argent liquide, traveller’s cheques, faux passeports et armes à feu. Au cours de son interrogatoire Mesrine prétendit de plus avoir commis trente-neuf meurtres.

    Dès qu’ils se mirent à enquêter sur ces crimes, les policiers se montrèrent sceptiques. Toutefois, ces fanfaronnades étant parvenues à la presse, le nom de Mesrine se retrouva à la une. Un mythe venait d’éclore. Mesrine lui-même s’empressa d’amplifier la légende par ses bravades. Alors qu’on l’emmenait à la prison de la Santé, il se tourna vers le commissaire Tour et lui lança : « vous voulez parier que dans trois mois je serai dehors ? »

    Prévoyant, Mesrine avait déjà procédé à une reconnaissance des lieux au tribunal de Compiègne (Oise), où il s’avait qu’il devait comparaître s’il était arrêté. Le 6 juin 1973, il y fut effectivement amené pour répondre d’une accusation mineure (celle d’avoir six ans plus tôt émis des chèques sans provision). Un complice avait introduit un pistolet logé dans les toilettes des avocats. Après l’avoir récupéré, Mesrine prit le juge en otage. Le malheureux fut traîné dans la cour du palais de justice, où un ami de Mesrine attendait au volant d’une Alfa Roméo. Relâchant son otage, Mesrine se rua sous une grêle de balles vers la voiture. Il fut blessé au bras, mais son chauffeur parvint à gagner la ferme isolée qui avait été choisie pour refuge. Mesrine avait gagné son pari.

    Moins de quinze jours plus tard, Joyce, qui avait été libérée en mai, avait rejoint Mesrine et ils s’installèrent tous deux dans un appartement de Trouville. Son déguisement pour une fois très élaboré, rendait Mesrine presque impossible à identifier : cheveux courts, barbe épaisse, vêtements sport qui ne correspondaient pas à l’image que la presse présentait de lui.

    En septembre, ayant appris que Jeanne X. serait transféré du Canada en France, il se sépara de Joyce qui repartit dans son pays. Peu après, il s’échappa, mais l’un des hommes fut blessé et le chauffeur, inexpérimenté Pierre Verheyden, arrêté. Il fallait fournir aux enquêteurs de nombreux renseignements décisifs.

    Sur ses indications, les policiers se dirigèrent vers la planque de Mesrine rue Vergniaud. Une unité de tireurs d’élite et la brigade antigang prit position autour de l’appartement. Le commissaire Robert Broussard, responsable des opérations, ordonna à ses hommes d’investir l’immeuble et somma Mesrine de se rendre. Ayant compris qu’il était cerné Mesrine accepta, après avoir gagné suffisamment de temps pour brûler certains documents compromettants dans l’appartement, où il disposa son arsenal comme l’aurait fait un soldat attendant l’inspection de son supérieur. Encore une fois, il offrit le champagne…

    Cette reddition théâtrale était à l’évidence destinée à s’attirer les sympathies complaisantes. Bientôt, les affabulations au sujet de Mesrine monopolisèrent la une des journaux. Mesrine en profita pour poursuivre quatre organes de presse en justice pour diffamation : il espérait à cette occasion pouvoir comparaître, cette fois comme plaignant en correctionnelle- il aurait pu alors, en battant le rappel de complices et amis réitérer le coup de Compiègne. Mais les procédures françaises sont interminables, aussi abandonna-t-il ces voies tortueuses vers l’évasion. Trois ans et demi allaient s’écouler avant qu’il ne pénètre à nouveau dans une salle de tribunal.

    Durant cette longue attente, Mesrine rédigea une autobiographie, « L’instinct de mort ». Simultanément, il mit sur pied un projet de réforme pénitentiaire.

    Mesrine rongeait son frein en prison. Lorsque le 3 mai 1977 son procès s’ouvrit enfin, il se comporta comme un grand acteur effectuant un retour triomphal sur les planches à l’issue d’une longue absence. Il joua son rôle avec talent, devant les journalistes et un public subjugués.

    Les correspondants de presse notèrent à quel point il arborait l’air confiant et énergique d’un chef militaire. Mesrine lançait des clins d’oeil aux journalistes, flirtait avec une avocate. Lorsque lecture fut faite de la liste de ses faux passeports et papiers d’identité, il se tourna vers le juge Charles Petit et lui dit qu’il pouvait en faire confectionner un à son nom pour le lendemain matin. D’un air triomphant, il extirpa de son noeud de cravate un moulage en plâtre de ses clefs de menottes. Mesrine jeta joyeusement le moulage dans la foule, qui laissa éclater son enthousiasme. Le juge en fut moins amusé. Condamné à vingt ans de réclusion criminelle, Mesrine n’en perdit pas pour autant le moral : il était bien décidé à ne pas purger toute sa peine.

    La prison de la santé, à Paris, où Mesrine était enfermé, avait la réputation d’être celles dont on ne s’évade pas. En effet, nul n’avait jamais réussi à s’enfuir de ses murs ; de plus un nouveau quartier de haute sécurité (QHS) venait d’y être construit : c’est là que Mesrine allait désormais devoir y survivre. Et pourtant…

    Le 8 mai 1978 au matin, Mesrine fut conduit au parloir pour une rencontre de routine avec maître Christiane Giletti, l’un de ses avocats. Il éloigna d’abord le gardien en l’envoyant à la recherche de documents. En son absence, Mesrine bondit sur une chaise, ôta la grille d’un conduit de ventilation et en tira des pistolets, des pastilles de gaz lacrymogène, un couteau et une corde l’alpiniste.

    Dehors, à proximité, un complice, François Besse, avait déjà maîtrisé un gardien ; Il rejoignit Mesrine qui lui donna une arme puis se précipita vers le prétoire voisin. Après que les gardiens présents eurent été délestés de leurs armes, de leurs papiers, et de leurs clefs, les deux prisonniers revêtirent en hâte l’uniforme bleu marine des gardiens de prison. En passant, ils s’adjoignirent un troisième larron, Carman Rives, un prisonnier nouvellement arrivé à la Santé qui se trouvait là.

    Dans la cour, les faux gardiens ordonnèrent à un ouvrier qui travaillait là de placer son échelle contre le mur extérieur de la prison (dix jours auparavant, remarquant que des ouvriers installaient de nouvelles grilles au fenêtres des cellules, Mesrine avait modifié ses plans en conséquence). Ce n’est qu’en voyant « des gardiens » escalader le mur que les gardes de l’enceinte se rendirent compte que quelque chose clochait. Les premiers coups de feu éclatèrent alors que les candidats à la belle redescendaient, à l’aide d’un grappin et de l’a corde, de l’autre côté, vers la liberté. Carman Rives fut tué, mais Mesrine et Besse parvinrent à s’enfuir. Toujours vêtus de leurs uniformes d’emprunt, ils firent signe au conducteur d’une Renault blanche de s’arrêter ? Puis, après l’avoir éjecté de son véhicule, ils prirent le chemin d’un appartement qui les attendait dans le quartiers des Invalides.

    A la Santé, on découvrit que le conduit d’aération du parloir contenait encore un autre pistolet, une grenade et un poignard. Le grappin de Mesrine avait été dissimulé derrière les rayons d’une bibliothèque, dans la salle adjacente. A l’évidence, les évadés avaient bénéficié d’une aide considérable. Seulement de l’extérieur ?

    La presse s’en donna à coeur joie : le président Giscard d’Estaing lui-même fit connaître son déplaisir. Une chasse à l’homme de grande ampleur fut lancée. Le 27 mai, à vingt trois heures, Mesrine et Besse entrèrent d’un pas rassuré dans un commissariat de police de Deauville et, se présentant comme étant eux-mêmes des policiers, ils demandèrent à voir le sous-brigadier Charon, qu’ils savaient absent. En fait, ils étaient venus évaluer le nombre de policiers susceptibles d’intervenir cette nuit là.

    Au sortir du commissariat, les fugitifs se rendirent donc tout droit au casino. Après avoir utilisé leurs cartes du Ministère de la Justice (dérobées lors de leur évasion de la Santé) Ils parvinrent à a accéder au bureau du caissier, où sous la menace de leurs pistolets, ils exigèrent qu’on leur remît l’argent présent. L’alarme fut déclenchée : lorsque Mesrine et Besse entreprirent de quitter le casino, la police les attendait. Les malfaiteurs tentèrent de fuir en tirant des coups de feu ; ils furent tout deux blessés (deux passants furent également touchés) mais ils réussirent à s’échapper.

    S’ensuivit une course poursuite effrénée dans la campagne normande ; la première voiture des fugitifs tomba en panne, ils en volèrent une autre. Un nouvel échange de coups de feu, alors qu’ils franchissaient en force un barrage de police, provoquant l’éclatement du radiateur : devenu incontrôlable, le véhicule de bandits versa dans un fossé. Mesrine et Besse se mirent à courir à travers champs, s’abritant sous des arbres. Ils prirent finalement en otages les occupants d’une ferme isolée, qu’ils forcèrent à les emmener en direction de Paris. Ils parachevèrent leur cavale dans un canot à rames, puis à bord d’une nouvelle voiture volée.

    Mesrine justifia son coup de main suivant, un hold-up effectué contre l’agence de Raincy de la Société Générale, par un souci de justice. Cette banque avait en effet reçu une importante compensation prélevée sur le montant des droits d’auteur que Mesrine aurait dû tirer de son livre. A cette époque, Mesrine adressa au directeur de la banque une missive vengeresse l’accusant de voler son argent et lui conseillant de considérer cette somme comme un prêt involontaire… et temporaire.

    Puis Mesrine voulut s’attaquer au juge Charles Petit, qu’il considérait responsable de sa condamnation à vingt ans de prison. Il avait en vu de se servir de l’enlèvement de ce personnage éminent du monde judiciaire pour donner le plus grand retentissement possible à sa campagne contre les Quartiers de Haute Sécurité.

    Besse ne voulut pas entendre parler de cette affaire, aussi Mesrine dut-il s’adjoindre deux recrues inexpérimentées. L’un des proches du juge parvint à alerter la police ; Mesrine ne dut qu’à la chance de pouvoir s’enfuir. Sa tentative d’enlèvement suivante allait mieux être préparée. Pressé par le besoin d’argent, Mesrine résolut de s’attaquer à un riche industriel, Henri Lelièvre.

    Le 21 juin 1979, se faisant encore une fois passer pour des policiers, Mesrine et son acolyte demandèrent au vieil homme de les accompagner au poste de police local pour les aider dans le cadre d’une enquête de routine ; ils purent l’entraîner ainsi dans une maison qu’ils avaient louée dans la région de Blois (Loir-et-Cher). Les négociations autour de la remise de rançon durèrent plus d’un mois. Les policiers parvinrent à contrecarrer la première tentative de versement et furent bien près de capturer le complice de Mesrine. Cependant, après des menaces répétées, le fils de Lelièvre effectua un paiement clandestin, qui aboutit à la libération du vieil homme. La police n’apprit qu’à ce moment l’implication de Mesrine dans l’enlèvement.

    La rançon de six millions de francs, permit à Mesrine de reprendre son souffle. Durant l’été 1979, il se rendit en Italie, et peut-être en Algérie. Toutefois, Mesrine savait que les billets de banque provenant de l’enlèvement d’Henri Lelièvre étaient marqués : une fois blanchie, la somme dont il disposerait serait réduite dans d’importantes proportions. De retour à Paris à l’automne 1979, Mesrine se trouva contraint de reprendre sa carrière sans cesse plus dangereuse de pilleur de banques.

    La tension de la vie en cavale ne se relâchait plus jamais ; Mesrine savait bien qu’il n’y avait qu’une issue possible : jamais il ne retournerait en prison.

    Au début du mois d’août 1979, les autorités françaises prirent une initiative décisive. Une équipe spécialement chargée de lutter contre Mesrine fut créée sous la direction de l’un des policiers les plus hauts placés de France, le commissaire Maurice Bouvier. Celui-ci était désormais chargé de coordonner les efforts des trois unités spécialisées dans la lutte contre le grand banditisme, et de tenter ainsi d’éliminer les rivalités qui opposaient habituellement les différents services.

    Ces trois services étaient l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), de Lucien Aimé-Blanc, la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention –« l’antigang »-) du commissaire Broussard et la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) dirigée par Serge Devos.

    Moins d’un mois après sa création, la nouvelle unité parvint à suivre sa première piste sérieuse. Le 10 septembre, un journaliste de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute, Jacques Tillier, fut découvert blessé par balles. Attiré dans un guet-apens, il avait été « puni » pour « trahison » par Mesrine dans une grotte à Fleurines, entre Senlis et Creil. Ce dernier alla jusqu’à envoyer des photos de sa victime martyrisée à Libération, assorties d’accusation quant à ses liens avec la police. De fait, Tillier en avait effectivement –par le passé, il avait été inspecteur à la DST (Direction de la Surveillance du Territoire).

    Au cours de l’interrogatoire poussé auquel fut soumis Tillier, un indice important fit surface : Mesrine avait un complice. D’après Tillier, cet homme était selon toute vraisemblance lui aussi un ancien détenu des QHS, où il aurait rencontré Mesrine, et il avait un accent marseillais ; ces éléments s’ajoutant à une description physique assez précise, permit aux policiers de parvenir à identifier Charlie Bauer.

    Il lui fallut encore un mois pour retrouver la trace de Bauer. D’abord, il fallut identifier sa maîtresse ; le 24 octobre on trouva la voiture de celle-ci, non loin de la gare Saint-Lazare ; finalement l’amie de Bauer vint récupérer l’automobile : dès lors, leur appartement de la rue Saint-Lazare fut repéré et placé sous surveillance constante.

    Une semaine plus tard, Bauer mena les policiers rue Belliard, dans le quartier de Montmartre. Sous le regard des policiers en faction, Mesrine ne tarda pas à quitter l’immeuble en compagnie de son innocente compagne du moment, Sylvie Jeanjacquot. Il était déguisé en vieillard et marchait à l’aide d’une canne, mais les policiers eurent immédiatement la conviction qu’ils avaient enfin trouvé leur homme.

    Ils entamèrent la filature, et suivirent ainsi Mesrine et ses amis dans leur promenade au marché du boulevard Ornano, ils firent un peu de lèche-vitrines, quelques achats dans une boutique d’ameublement puis, après s’être arrêtés dans un autre magasin afin d’essayer des chaussures, ils regagnèrent leur base de la rue Belliard.

    Les policiers hésitaient quant à la manière d’aborder Mesrine, qu’ils savaient armé. Lors de sa dernière interview, accordé à Paris-Match, il s’était délibérément laissé photographier avec deux revolvers à la ceinture. On savait qu’il avait pour habitude de porter sur lui des grenades.

    En outre, Mesrine avait à maintes reprises souligné sa volonté de n’être jamais repris. Dans sa dernière interview, il manifestait une fois encore son refus de se rendre pour retourner en prison. Il se déclarait prêt à tirer, quand bien même des innocents se fussent trouvés sur son chemin. S'il disait ne pas vouloir tirer le premier, il affirmait que son cadavre ne serait pas le seul sur le trottoir.

    En conséquence, l’immeuble fut placé sous surveillance ; une longue attente commença. Les occupants des autres appartements furent discrètement évacués. Des policiers en civil, hommes et femmes se déguisèrent en balayeurs, en employés de gaz, en livreurs, en ménagères ou en prostituées. Les nerfs de chacun étaient à vif. Une journée entière s’écoula sans que personne ne sorte. Les policiers se demandaient s’il fallait ou non prendre l’appartement d’assaut.

    Le vendredi 2 novembre, quelques minutes avant quinze heures, Mesrine et Sylvie apparurent enfin. Il était vêtu d’un blouson de cuir et portait une valise. Elle serrait contre elle un caniche nain à la toison blanche. Ils partaient en week-end.

    Ils montèrent dans une berline BMW marron et s’éloignèrent. Ils s’engagèrent sur la place de Clignancourt, non loin du marché aux puces. Un camion bleu, au chargement recouvert d’une bâche, leur coupa la route en tournant à droite, après avoir indiqué son changement de direction. Un autre camion vint bloquer la BMW par l’arrière.

    Soudain, la bâche du camion bleu fut rabattue, révélant des tireurs d’élite de la police. Sans sommation, ils ouvrirent le feu : une salve de balles à haute vitesse initiale transperça le pare-brise. Mesrine fut tué sur le coup. Son corps s’affaissa sur le volant. Sa main pendait vers le sac noir posé à ses pieds, qui contenait ses grenades. Une voiture vint se placer à côté de la BMW. Un homme se pencha à sa fenêtre et tira une balle dans la tête de Mesrine.

    Sylvie Jeanjacquot était grièvement blessée. Elle s’extirpa du siège du passager et fit quelques pas mal assurés avant de s’effondrer sur le pavé. Une ambulance l’emmena vers l’hôpital Boucicaut, où l’on annonça bientôt que sa vie n’était pas en danger.

    Accourue des rues avoisinantes, la partie armée des policiers qui avaient participé à l’opération boucla rapidement pour en interdire l’accès à la foule qui déjà s’assemblait. L’humeur était à la jubilation et au soulagement parmi les policiers : certains se donnaient l’accolade.

    Le corps de Mesrine, retenu par la ceinture de sécurité, demeura plus d’une heure dans la voiture. Nul ne semblait vouloir le toucher, comme si personne ne voulait croire que la traque était enfin terminée.

    Une foule de quatre cents curieux s’amassa derrière les barrières, jouant des coudes pour voir. Arriva la fille de Mesrine Sabrina, âgée de dix-huit ans ; bientôt, un policier dut emmener la jeune fille en larmes. Finalement à seize heure vingt, la police enleva le corps de Mesrine. Broussard, son vieil adversaire, aida à le soulever hors de la voiture. Un message fut transmis à la préfecture de police pour annoncer que Mesrine avait été tué et qu’aucun policier n’était touché.

    Trois jours plus tard, on apprit qu’une bande magnétique enregistrée par Mesrine peu avant sa mort avait été découverte au cours de la fouille dans son appartement. Elle était adressée à Sylvie Jeanjacquot et contenait un message d’adieu et d’amour. Mesrine y expliquait qu’il savait que les flics finiraient par l’avoir, qu’il avait mené la vie qu’il souhaitait, qu’il ne regrettait rien et qu’il était résolu à vendre chèrement sa peau : « Ma mort n’est pas plus stupide que si j’étais mort au volant d’une voiture, ou chez Usinor (…) ».

     


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